La langue c’est un truc très marrant. On l’utilise pour se faire comprendre, et on se démerde toujours pour la rendre la moins efficace possible.

On la déforme, on utilise l’argo, le verlan, puis selon l’époque des mots qui changent de sens. C’est “mortel” veut dire létal. Sauf dans les années 70 où ça veut dire “ennuyeux”. Sauf dans les années 90 où ça veut dire “génial”. Sauf dans les années 2000 où ça veut dire “figurant dans Twilight” Et puis on s’exprime mal, et on interprète. Le bordel !

Je ne sais pas si vous connaissez la citation (que j’ai lu pour la première fois dans un bouquin de Werber):

Entre ce que je pense,

Ce que je veux dire,

Ce que je crois dire,

Ce que je dis réellement,

Ce que tu veux entendre,

Ce que tu entends,

Ce que tu crois comprendre,

Ce que tu veux comprendre,

Et ce que tu comprends réellement,

Cela fait 9 bonnes raisons de ne pas se comprendre. Mais essayons quand même.

Mais l’être humain est un animal de contradiction. Quand il essaye, il s’enfonce.

La langue des signes

On pourrait croire que la langue des signes est quelque chose d’international. Pas du tout: elle est issue d’un phénomène d’émergence sociale, avec ses composantes d’influences externes et d’isolation. Du coup, en plus d’avoir une fracture linguistique, on a une fracture gestuelle dans notre communication.

Ca ne devrait pas être une surprise, car contrairement à ce que la série “lie to me” aime faire croire, la gestuelle n’est pas du tout universelle. C’est une acquis culturel et contextuel qui s’est affiné par des générations d’éducation. Le simple signalement oui/non par la tête peut différer d’un pays à l’autre:

  • En Polynésie, le ‘oui’ est matérialisé par un levé de sourcils et le ‘non’ par un hochement diagonal.
  • En Albanie ou en Bulgarie le hochement tête de haut en bas signifie ‘Non’ et de gauche à droite signifie ‘Oui’.
  • En Grèce, c’est un levé de menton qui signifie ‘non’

Les langage artificiels

L’esperanto est un peu le bitcoin de la linguistique. Un mec s’est réveillé un matin avec une très belle idée: créer une langage facile à apprendre pour le monde entier, avec une grammaire régulière et aucune exception. La bonne nouvelle, c’est qu’il a assez bien réussi son coup car c’est la seule langue artificielle qui soit devenue une langue vivante.

Couverture du précis de langue international d'Esperanto
Le vrai nom de l'Esperanto est "langue internationale". Mais bon, le vrai nom de scotch est "ruban adhésif"...

La mauvaise, c’est qu’elle ne tient absolument pas compte du fait qu’un tiers de la population mondiale vit en Asie, où les règles de langue n’ont absolument rien à voir avec les nôtres. Donc quitte à apprendre une langue très difficile pour eux, les quelques 1 milliards de chinois, autant d’indiens et à moitié autant de japs vont préférer l’anglais, déjà utilisé pour le business et par une autre partie significative de la population. En plus, l’esperanto est un cas typique d’introduction d’un énième standard, qui ajoute au problème plus qu’il n’en résout.

Personnellement j’adore l’idée. L’esperanto est d’ailleurs sur ma liste des langues à apprendre. Mais derrière l’espagnol, le chinois, la langue des signes française et l’arabe. Dans cet ordre. Donc je doute sérieusement la parler un jour.

C’est que je deviens prudent avec les langues. Déjà parce que je parle anglais et 20 langages de programmation. Ma tête est bien chargée. Ensuite parce que durant mes sessions en humanitaire j’avais voulu apprendre le bambara, dialecte local. Après quelque cours, j’ai appris qu’à 200 bornes au nord de la ville, on parlait dogon, mais pas bambara. A l’est on parlait peul. A l’ouest wolof. Ca m’a foutu un coup.

Bref, on a déjà plus de 5000 langues et dialectes, pourquoi en inventer une en plus ?

Comme d’habitude, l’art a la réponse. Tolkien a inventé l’elfique pour les besoins de LOTR. Ouais, la langue complète, ouais. Ah, il a pas fait sa chochotte, il s’est dit “j’ai déjà écrit un pavé de 1200 pages, je peux bien me lancer dans un dico”. Et puis il a fait le Simarilion derrière, preuve que l’opération lui avait grillé quelques neurones.

Mais il n’est pas le seul, puisque les mecs de Star Trek ont eux aussi pensé que créer une saga de pas moins de 6 séries télévisées, c’était pas vraiment un challenge, alors on allait faire parler à certains personnages le Klingon. Et dans la foulée codifier toute la grammaire, c’est tellement fun. Ce qui fait peur avec le Klingon, ce n’est pas que certains le parlent dans la vie réelle, c’est que certains l’enseignent.

Concours de baeuté klingon
Contrairement à la langue, il est bien connu que les standards de beauté intergalactiques sont universels

Cela dit, dans la liste des curiosités, la palme revient au langage solresol, qui est un langage qui se chante. Il n’y a pas de mots. Seulement des notes. Une symphonie devient un discours, et on peut meumeuter ses mots de passe. C’est trop chouxe non ?

Et dans l’informatique ?

Notre domaine de prédilection a quelque chose de merveilleux: il possède une concentration de nerds et donc un potentiel de partir en couille fabulissime.

Par exemple, savez-vous d’où vient notre disposition de clavier ? AZERTY pour les francophones, QWERTY pour les anglophones, et des centaines de config différentes à travers le monde pour être sûr que personne n’envoie un message de 140 caractères sans au moins une faute de frappe ?

Et bien à l’époque des machines à écrire, le clavier a été disposé de la manière la plus anti-ergonomique qui soit: deux touches étaient mises proches l’une de l’autre si elles étaient rarement utilisées côte à côte dans un même mot. Ainsi pour nous A est à côté de Z. La raison à cela, c’est que les dactylos tapent très vite, et deux tampons de machine à écrire proches tapés vite s’entremêlent. Donc en éloignant les touches les unes des autres, on évite de bourrer la machine.

Quand les ordinateurs sont arrivés, les premiers opérateurs à se servir du clavier étaient les dactylos. Formés au clavier précédent, on leur a fournit le même clavier, pour ne pas les frustrer, et pour économiser du temps et des sous. Et tant pis si les ordis n’ont plus de tampons.

Donc on a un clavier de merde, qui rend la frappe lente, imprécise, et mauvaise pour les membres.

Que fait l’humanité quand elle a un problème avec un standard ? Elle en invente un autre dans son coin !

Arrive alors le Auguste Dvorak qui fait des études mathématiques et ergonomiques qui nous pond son clavier aujourd’hui éponyme. La disposition française s’appelle le BEPO:

Photo du clavier typematrix 2030
Le typematrix 2030 est généralement la référence pour les claviers ergonomiques

 

Je connais seulement deux personnes qui l’utilisent, mais ils me jurent que ça leur change la vie. D’ailleurs ils en possèdent plusieurs.

Comptez quand même un bon mois de galère pour être productif avec. Cela dit, leur vitesse de frappe est le double de la mienne si ils utilisent ce clavier.

Enfin, je ferais une petite conclusion sur un projet absolument inutile, donc parfaitement indispensable, à savoir le jeu de caractère dotsies. Le but est de rendre le plus compact possible l’alphabet ASCII en utilisant 5 pixels alignés sur une colonne verticale pour représenter les lettres. Leur page d’apprentissage est fabuleuse.

Voici ce que donne notre title en dotsies:

Sam et Max – Python, Django, Git et du cul !

Vous avez juste à copier / coller le texte ailleurs pour le voir dans une autre police.